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Route du Rhum : Révélations de Maxime Sorel

Le 29 décembre 2014 RDR 2014V and B Life
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Un proverbe anglais affirme qu' »une mer calme n’a jamais fait un bon marin ». Nul doute, qu’au vu des éléments qui se sont déchainés durant la Route du Rhum, laissant place à des abandons en série, Maxime Sorel, skipper du V and B / MS SAILINGTEAM doit être un excellent marin. Arrivé en tête de la catégorie Vintage, il revient pour V and B.fr sur cette aventure hors du commun, sur la mobilisation qui l’a accompagnée. Sans détour ni faux semblant.

[Suite de l’interview « Confidences du skipper du V and B / MS-SAILINGTEAM »]

Portrait Maxime SorelDans ton carnet de bord, tu indiques, surtout au début, que tu n’as pas pu dormir pendant plusieurs jours. On fait comment pour résister ?

L’adrénaline y est pour beaucoup. Pendant les 48 premières heures, je n’ai pas dormi une seule minute. Même 15 minutes aurait été impossible, car entre toutes les manœuvres, il fallait toujours réparer des petits incidents par ci, par là. Mais on est dans une bulle. Ce que j’ai fait là, je ne l’aurais jamais fait sur terre. Impossible de ne pas dormir pendant 48 heures. Je dois avouer tout de même que j’ai mis pas mal de temps à récupérer.

Et aujourd’hui, plus fatigué ?

Non ! En fait, je suis même arrivé en forme à Pointe-à-Pitre ! Pour faire une confidence, j’ai un peu fêté ça en Guadeloupe, donc il a fallu que je récupère ces instants de fête (rires). Mais ce manque de sommeil n’était plus lié à l’effort physique de la Route du Rhum !

Le 7 novembre, tu racontes « un rêve bizarre », où ton père distribuait des posters sur le bateau. D’autres rêves bizarres ?

Non, je ne crois pas. Ah si ! Quand on arrive en Guadeloupe, il faut d’abord faire le tour de l’île, qui est très compliqué, à cause des vents changeants. Le tour de l’île, ça peut durer 7 heures, comme 20 heures. Il faut donc être en forme pour l’aborder, car les manœuvres sont exigeantes. Je me suis dit : « Maxime, va faire une petite sieste pour être reposé ». Je ne me suis pas réveillé, je n’ai pas entendu mon réveil. Du coup, je suis sorti en courant sur le pont, j’ai vu des lumières au loin. J’étais paniqué, je me suis dit, « il y a un cargo en face de moi ». Je regarde sur mon écran, pas de cargo aux alentours. Je ressors dehors, et là, je m’aperçois qu’il ne s’agit que des terres guadeloupéennes. C’était en fait une bonne nouvelle. Très vite, j’ai senti des odeurs. On ne s’en rend pas compte, mais la terre dégage une odeur. Pendant 21 jours, je n’ai eu le droit qu’aux odeurs d’eau salée. Et là, arrivait une odeur fumée, une odeur de canne à sucre.

A plusieurs reprises, même si tu rêves de pizza et que tu ne peux en manger, tu t’accordes des instants de réconfort, avec du saucisson, du fromage… En fait, la nourriture, ça t’a aidé à tenir ?

Oui, c’est très important même, de fractionner des moments physiques avec des moments plus agréables. Il faut se garder des moments, je dirais presque intimes, où l’on apprécie de manger, de lire un bouquin… Je n’ai pas assez d’expérience, donc je n’avais pas pris assez de livres. Mais c’est important. Ou même de regarder un film. Bon c’est vrai, le film, tu le regardes en 4 jours (rires), mais ça permet de divaguer, de penser à autre chose.

Outre le manque de bouquins, y a-t-il quelque chose contre lequel tu n’étais pas préparé, auquel tu ne t’y attendais pas durant l’épreuve ?

Peut-être au niveau du ravitaillement. J’ai manqué d’eau douce durant les deux derniers jours. J’ai certes un désalanisateur, utile, qui permet de rendre potable l’eau de mer. Mais l’eau est infâme. Et puis, la gestion des émotions. Moi j’étais surtout sur le défi sportif. Mais autour de celui-ci, il y a un engouement qu’il faut savoir gérer.

« Tout au long de l’aventure, tu as ces moments d’adrénaline, où tu es seul face à toi-même »

Maxime Sorel

Seul, au milieu de l’océan, on pense à quoi ? Qu’as-tu appris sur toi-même ?

Déjà, on est très concentré. Sur la course, sur le bateau. Pendant les moments de galère, il y a parfois des situations qui paraissent insolubles. Une corde complètement emmêlée par exemple. Et bien sur le bateau, tu n’as pas le choix. Ça va peut-être prendre du temps, mais il faut le faire. Avant j’étais impatient, je voulais que tout soit fait tout de suite. Cela m’a appris que l’on peut arriver à tout faire, mais qu’il faut parfois du temps.

Est-ce que l’on appréhende la vie différemment après de telles aventures ?

Oui forcément. Je ne souhaite plus vivre à la française, me prendre la tête pour rien. Il y a eu des moments où l’on frôle la mort durant la course. Lorsque je dois plonger pour réparer le bateau, je me dis «  peut-être que je ne remonterai pas sur le bateau ». Lorsque je dois aller tout au bout du bateau, pour réparer là encore, je ne me tiens au bateau que d’une main. Si je lâche, je tombe à l’eau, le bateau est en pilote automatique, donc il avancera tout seul. Je le regarderais partir sans avoir l’espoir de remonter. Tout au long de l’aventure, tu as ces moments d’adrénaline, où tu es seul face à toi-même. Aucune solution pour t’aider. Le moindre concurrent ou cargo mettrait deux jours pour venir à ton secours. Il faut s’en sortir par soi-même. Tout ça fait que l’on est forcément plus fort par la suite, mais aussi que l’on relativise beaucoup plus.

Et comment réagit-on lorsque l’on entend, notamment la première nuit, qu’un skipper a dû être hélitroyé en urgence ?

Là, j’ai senti clairement un moment de panique. Non pas que les secours n’étaient pas prêts, non pas que l’organisation n’étais pas rodée, mais on sentait la panique monter. On sentait, notamment à la radio, qu’il y avait quelque chose de pas normal. En quelques heures, un grand nombre d’abandons. Du coup, on se dit « là c’est chaud, car si on a un problème, et bien les secours iront te chercher, mais après ceux qui ont déjà demandé de l’aide avant toi ! »

Et la suite ?

Et bien l’objectif, c’est la Route du Rhum 2018. Mais avec 4 ans de préparation, donc un programme intensif et planifié. Je souhaiterai construire un bateau neuf, pour juin 2015. Et pour se préparer à la Route du Rhum, participer à des courses comme la Transat Jacques Vabre ou des régates comme les Sables d’Olonne-Acores, Quebec-Saint-Malo, la Solidaire du Chocolat, l’Atlantic Cup… Il faut ces courses pour préparer le bateau, car ce sera un prototype. Il faudra donc le comparer aux autres bateaux, comprendre les réglages. Je vise un podium pour la prochaine Route du Rhum, il faut que je m’y prépare ! Pour cela, je souhaite également être semi-professionnel, et non plus amateur.

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